Montant du grand emprunt : des députés rompent le consensus
Soixante-trois députés ont cosigné une tribune dans " Le Monde " daté d'aujourd'hui pour réclamer un grand emprunt de 50 voire 100 milliards d'euros.
Alors qu'un consensus semblait se dessiner, ces derniers jours, sur la nécessité de limiter le montant du grand emprunt à, au plus, une quarantaine de milliards d'euros pour ne pas alourdir davantage les finances publiques, soixante-trois députés de la majorité demandent, dans une tribune publiée dans " Le Monde " daté d'aujourd'hui, de " pouvoir mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros ". Voire même d'engager, " si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros d'investissements supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir ".Jugeant que la France est " à la veille d'une révolution d'une ampleur comparable " à la révolution industrielle ou aux Trente glorieuses, " le grand emprunt ne doit pas devenir un "petit emprunt " ",réclament les signataires. Ne pas investir massivement serait " une erreur historique ", jugent-ils.
Si le texte n'est signé que par une minorité de la majorité présidentielle à l'Assemblée, la liste des signataires recouvre un spectre très large de sensibilités : deux vice-présidents du groupe UMP (Bernard Deflesselles et Jean Léonetti), six Nouveau Centre (Jean-Christophe Lagarde, André Santini...), des chiraquiens (Jean-François Lamour, Renaud Muselier, Marie-Josée Roig...), des néo-gaullistes (Arlette Grosskost), des libéraux (Olivier Dassault), des radicaux (Laurent Hénart, Yves Jégo, François Loos)... " Une manoeuvre "
" Nous étions un certain nombre à observer que la seule expression sur le grand emprunt consistait à en réduire la portée et que nous allions donc finir par avoir tous les inconvénients sans en avoir les avantages ", justifie Michel Bouvard. " Cela ne veut pas dire que nous ne sommes pas préoccupés par les finances publiques ", assure ce proche de François Fillon. " Mais si le grand emprunt doit créer un retour sur investissement, il n'y a pas de raison d'être limitatif. " Le texte a pourtant agacé, parmi les députés de la majorité, les tenants d'une certaine discipline budgétaire. " Quand on défend de telles positions, il vaut mieux rejoindre le PS ", enrage l'un d'eux, qui y voit " une manoeuvre dirigée par Henri Guaino ". S'il en conteste la paternité, le promoteur du grand emprunt auprès de Nicolas Sarkozy a en tout cas apprécié l'analyse des députés signataires. " Les députés n'ont pas besoin qu'on leur tienne la main ", juge Henri Guaino, pour qui " ce débat n'a rien à voir avec l'opposition traditionnelle entre le laxisme et la rigueur budgétaire ". Quant au montant cité par les députés, " ces ordres de grandeur n'ont rien de déraisonnable ", estime-t-il.
VERONIQUE LE BILLON le 3/11/09
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