L'appel des 63 pour que "le grand emprunt ne soit pas un petit emprunt"

Le grand emprunt ne doit pas devenir un petit emprunt !" Cet avertissement, ce sont 63 députés de la majorité, membres de l'UMP et du Nouveau Centre, qui le lancent dans une tribune que publie Le Monde.

Leur appel intervient quelques semaines avant la remise, le 19 novembre, du rapport de la commission sur l'emprunt coprésidée par Alain Juppé et Michel Rocard. Il constitue une surprise. Jusqu'à présent, la modestie prévalait. Face à l'ampleur des déficits publics (8,5 % du produit intérieur brut (PIB) prévus en 2010) et à l'explosion de la dette publique (84 % du PIB en 2010, 91 % en 2013), les chiffres avancés semblaient revus à la baisse.

Auditionnés mercredi 28 octobre au soir par la commission des finances et des affaires économiques de l'Assemblée nationale, Alain Juppé et Michel Rocard s'étaient positionnés sous la barre des 50 milliards d'euros. "Ce ne sera pas 100 milliards, ce ne sera pas 50, ce sera en dessous, entre 20 et 40 milliards", avait déclaré le maire de Bordeaux, en exhortant le gouvernement à réduire les déficits et la dépense publique.

Michel Rocard avait, lui, cité le chiffre de 35 milliards d'euros, en insistant sur le fait que "la France est dangereusement endettée". Une appréciation qui semblait largement partagée dans la majorité : tandis que le rapporteur du budget, Gilles Carrez, s'indignait de l'état des finances publiques, le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, qualifiait l'emprunt "de bonne idée, une fois qu'on a examiné toutes les autres". Une façon polie d'habiller ses doutes.

La réalité de ce que pensent les députés de la majorité est plus complexe. Car ce que disent les 63 députés cosignataires de la tribune, parmi lesquels les deux vice-présidents du groupe UMP, Jean Leonetti et Bernard Deflesselles, est clair : en dessous de 50 milliards d'euros, l'emprunt serait un flop. "Pour construire la France de l'après-crise (…), nous devons mobiliser une masse critique de plus de 50 milliards d'euros, voire, pourquoi pas, aller, si les projets le justifient, jusqu'à 100 milliards d'euros publics supplémentaires, qui seront dépensés sur les cinq à dix ans à venir", écrivent-ils.

Ce qu'ils disent est clairement en opposition avec la fourchette avancée par les deux anciens premiers ministres. Laquelle est soutenue en coulisse par Bercy, guère désireux de voir gonfler la charge de la dette, mais contestée par Henri Guaino. Interrogé, mercredi 28 octobre, aux "Questions du mercredi" (France Inter – Le Monde) le conseiller spécial du président de la République s'était exclamé : "Nous avons besoin d'investir massivement. Si nous ne le faisons pas, nous commettrons une erreur historique."

Parmi les signataires, les radicaux figurent en force au côté de Jean Leonetti (Alpes-Maritimes) mais on trouve aussi le libéral Olivier Dassault (Oise), Michel Bouvard (Savoie), proche de François Fillon, de nombreux élus Nouveau Centre comme Jean-Christophe Lagarde, ou encore le chiraquien Jean-François Lamour (Paris). Par-delà leurs différences, une conviction les rapproche. "Un monde nouveau est en train d'émerger. Si la France ne met pas le paquet sur les investissements d'avenir, elle va encore creuser ses handicaps", explique M. Leonetti. "Pendant qu'on hésite, la Chine, l'Allemagne, les Etats-Unis y vont", insiste M. Lamour. Selon eux, "l'Etat est le seul capable de mener des investissements de long terme. Le privé, les banques ne le font pas." Donc "à partir du moment où le retour sur investissement est garanti, il ne faut pas se montrer limitatif", explique M. Bouvard, en rappelant qu'il a fallu "quinze ans pour que le bilan des villes nouvelles soit à l'équilibre".

Redoutant le "saupoudrage de petites sommes" qui tuerait "l'esprit même de l'emprunt", espérant pour certains que, au-delà des priorités affichées (économie de la connaissance, développement durable), l'emprunt financera aussi le Grand Paris, ces élus se défendent de tout laxisme, au contraire.

"Depuis des années, l'Etat sacrifie les budgets d'investissements civils et creuse le déficit pour financer les dépenses courantes, s'indigne Jean-Christophe Lagarde. Nous, nous exigeons que les sommes levées soient isolées du budget général, et servent exclusivement au financement des investissements d'avenir." Un coup de pied en direction de Bercy, et une façon de rouvrir le débat. Une fois qu'Alain Juppé et Michel Rocard auront livré leur rapport, Nicolas Sarkozy devrait prendre encore quelques semaines avant d'annoncer, début décembre, le montant de l'emprunt.

Françoise Fressoz le 2.11.09



 
 

Commentaires

  1. bonjour,
    je pense que dans la situation actuelle du pays un emprunt a minima serait une erreur peu etre historique mais devoile un manque d'ambition.
    j'espere que votre appel sera entendu


    » Envoyé par Alain PEDUZZI le 17 novembre 2009


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mamane : Fonctionnaire de police nationale, originaire de Martinique, en fonction à Paris; militant Nouveau Centre,j'ai visionné votre intervention suite au décès d'Aurélie FOUQUET, je suis vraiement touché par vos propos car rare sont les élus, qui comme vous, sont confrontés quotidiennement aux difficultées de personnes, pour certaines, stigmatisés, et qyui n'ont pas toujours de bon rapport avec les forces de l'ordre. Loin de prendre parti (il vous serait bien facile de le faire pour fidéliser les électeurs), vous faites preuves d'objectivités et de clairvoyance. Dommage, que la réponse n'est pas été à la hauteur de la teneur de votre question, d'autant plus qu'un effort considérable devrait etre fait sur la formation continue au sein de la Nationale un audit dessus serait sans doute le bienvenue.
Ze Big Killer : Votre proposition de loi visant à restreindre l'immixtion des moteurs de recherche dans la vie privée risque de priver l'industrie hotellière, l'immobilier, etc. d'un outil exceptionnel.
Emmanuel : Je ne voterais plus pour l'UMP mais j'ai découvert que vous avez une liste indépendante, alors, oui, ancien membre de l'UDF, je voterais pour vous.
eluNCIDF : Bravo pour votre action pour avoir une liste indépendante aux régionales. Dans les régions où on dépassera raisonnablement 5% il faut y aller sinon nous n'existerons pas et l'IDF c'est la bonne région avec andré santini et JC Lagarde
Edmond : J'ai participé aux Etats Généraux de l'Outre-Mer à Drancy et j'ai trouvé les échanges très intéressants. Espérons que les travaux lancés par M. KARAM aboutiront à un résultat positif !!!!En tous les cas bravo à Drancy d'avoir accueilli cet événement.
Estelle : M. LAGARDE je tenais à vous remercier pour la question que vous avez posé à l'Assemblée nationale relative à la rémunération de l’accompagnement éducatif des élèves hors temps scolaire. J'espère que cette intervention fera avancer les choses.
cabhal : Merci pour avoir dit non au projet de la loi HADOPI.
Harlock : Merci, merci quand même d'avoir voté contre HADOPI, merci de vos prises de positions. Même si la loi est passée, ce n'est que partie remise !




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