Accrochages dans la majorité sur la politique familiale

Des élus de droite dénoncent la remise en cause des retraites des mères
Touche pas à ma politique familiale. La mise en cause des compensations accordées aux mères en matière de retraite scandalise de nombreux élus de droite. Pour beaucoup, le gouvernement doit se montrer plus offensif, notamment à l’égard de «Bruxelles», accusé de contester une politique familiale exemplaire. Avec 828 400 naissances en 2008, la France est championne d’Europe de la natalité.
Aux syndicats et associations familiales qui le rencontreront jusqu’à la fin de la semaine prochaine, Xavier Darcos promet qu’il n’est pas question de priver de leurs avantages les femmes qui ont élevé des enfants. Même avec ces «avantages», la retraite moyenne des femmes (1 020 euros) reste très inférieure à celle des hommes (1 600 euros).
Au prix de quelques acrobaties, le gouvernement fera en sorte que l’actuel système ne puisse plus être jugé «discriminatoire» par les institutions européennes (lire encadré). Le ministère du Travail propose de découper les deux ans de validation d’assurance retraite pour les mères : une partie réservée à la mère serait liée à l’accouchement, donc non sujette à discrimination. L’autre serait ouverte au père ou à la mère, au titre de l’éducation des enfants.
Normes imposées. Mais dans la majorité, plusieurs voix se font entendre pour dénoncer l’alignement systématique du gouvernement français sur les normes imposées à Bruxelles. Depuis Agen où se tiennent les universités d’été du Nouveau Centre (NC), le député de Seine-Saint-Denis Jean-Christophe Lagarde s’interroge : «Pourquoi les lois européennes seraient-elles inchangeables ? Il faut qu’on se batte. On a des élus européens, ils sont là pour ça. Quand l’Europe a tort, il faut le lui dire. Et s’il le faut, changeons la Constitution. On est allé à Versailles pour moins que ça !» Son collègue Yvan Lachaud, député NC du Gard, calme ses ardeurs. Selon lui, le gouvernement peut corriger les règles en vigueur «en s’inspirant de l’exemple suédois qui est un modèle de politique familiale non discriminatoire».
A l’UMP, Hervé Mariton estime lui aussi qu’il y a lieu de combattre la norme européenne. A l’Assemblée nationale, il s’est fait le porte-parole de ceux pour qui la politique familiale est un «marqueur de la droite».
Au printemps 2008, une première alerte avait fait beaucoup de vagues : dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques, le gouvernement envisageait de ne plus assurer le financement de la carte SNCF. De nombreux élus de droite s’étaient indignés. Le projet avait été enterré, comme, auparavant, le rapport Attali qui suggérait de placer sous conditions de ressources les allocations familiales.
Contourner.«Nous avons la politique familiale la plus audacieuse d’Europe, nous devons l’assumer», martèle Hervé Mariton. Pour le député (UMP) de la Drôme «l’égalité homme-femme ne gomme pas la différence père-mère».Au lieu de contourner l’obstacle avec un certain «jésuitisme», la France doit, selon lui, défendre sa position à Bruxelles.
ALAIN AUFFRAY - Libération.fr - article paru le 29.08.09
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